Jean-Marie Blanchet
David Coste
Pierre Labat


Lexique peu ordinaire selon toute vraisemblance 



   




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Éditée à l'occasion de l'exposition Selon toute vraisemblance, prévue à l’espace d’art Le Bel Ordinaire (Billère) du 12 janvier au 20 mars 2021, une série de trois affiches s'offre aux visiteurs en tant que multiple collectif.
Jean-Marie Blanchet, David Coste et Pierre Labat ont chacun choisi une image qui fait sens à la fois avec les deux autres et les œuvres présentées dans l'exposition. Ils m’ont invité à poser un regard sur l'exposition. Mon intervention prend la forme d'un lexique décalé présenté au verso de chaque multiple, conception graphique de Benjamin Lahitte.

Suite à la pandémie et selon les directives gouvernementales, Le Bel Ordinaire reste malheureusement fermé au public. L’exposition est en place sans avoir pu ouvrir ses portes...
Visites professionnelles jusqu’en juin sur rendez-vous auprès de Didier Courtade : 05 59 72 25 85 (répondeur si nécessaire) ou par mail : d.courtade@agglo-pau.fr

En savoir plus sur l’exposition



  Jean-Marie Blanchet,Wood, 2014-2020

  David Coste, Teenage Caveman, 2020


  Pierre Labat, Richard & Tony, 2020


Site des artistes
Jean-Marie Blanchet
David Coste
Pierre Labat

Voir les expositions
Entresol
L’espace des possibles
Lumières de Roland Barthes


Pli
Trace fine ou marquée, vestige du geste, Pli reste un possible du dessin et de la couture. Sur la toile, il se déplace hors et sur champ pour revêtir le châssis, à la frontière de ce qui est montré. Visible même lorsqu’il est faux, Pli est vecteur de lignes, commencement d’un volume. Il arrive que des planches s’érigent vers l’horizon et font meuble. Elles plient mais ne rompent pas. Ainsi le verbe se dissocie du nom pour agir sans laisser de souvenir, à l’inverse du plissement irréversible des roches naturelles ou factices.

Ériger
Acte d’assembler les pièces constitutives d’une œuvre sculpturale, architecturale, mobilière ou monumentale. Ériger en impose. Fondement d’une fabrique, il accompagne l’artiste dans ses expériences, ses tentatives et conserve ses promesses au sortir de l’atelier. Postérieurement, Ériger prend corps dans l’espace, dresse des contraintes physiques, dialogue avec les vides et les pleins, avec la lumière. Il interpelle les regardeurs, leur apprend à faire face, à contempler avec simplicité et à ressentir, juste avec la carcasse.

Millimétré
Grille reconnaissable, repère aigu, il guide les gestes de celui qui souhaite être précis. Millimétré peut s’appliquer sur n’importe quelle surface et n’importe quel support. Rarement bicolore, l’écolier le connaît brun orangé sur canson ou en bloc ; noir, bleu, vert, orange en rouleau calque ou papier pour l’architecte et l’économiste de la construction. Sur une feuille normée, l’artiste le réinvente comme paysage à composer. Millimétré abandonne alors son utilité pour retrouver sa plastique, étendue de natures mortes d’un printemps confiné.
Se dit dans certains projets artistiques de l’emploi régulier de matériaux conceptuels et plastiques. Il y a trente ans on a pu observer simultanément plusieurs personnes modeler, dessiner des monticules. Cette pratique récréative devenue obsessionnelle devait leur permettre de découvrir, par la suite, un site utopique (militaire).

Feuillure
Discrète, nul ne lui prête grande attention. Sous la poésie de son nom et la musicalité de sa prononciation, Feuillure concrétise pourtant son rôle indispensable en construction. Longitudinale, elle arrête en son angle rentrant les éléments mobiles. Elle permet la stabilité, l’emboîtement et la fermeture juste. Détournée verbalement, elle devient l’entaillure qui accueille la feuille de verre fixée dans le cadre. En ornementation, sur certains meubles, elle est depuis longtemps l’encoche précieuse pour qu’œuvres et objets se tiennent à la verticale.

Ensemble
Adverbe magique puisque par principe unique, Ensemble n’est jamais isolé. Il suscite le fantasme et la foison, l’universel. Il raconte une histoire à travers ceux qu’il réunit. En art, il devient nom masculin, et pour les puristes, est dissocié du principe sériel. Il demeure plus vaste. Réduit ou gigantesque, Ensemble rallie par la forme, la pensée, le vocabulaire, le medium, les couleurs, la philosophie. Il regroupe les œuvres en exposition, les Êtres dans le faire et la passion, et à l’atelier, les crayons usés jusqu’à la gomme.

Fabrique
Fabrique est au cœur de la création. Elle porte en elle la réalité du décor autant que la générosité du geste, l’importance de la main et du choix des matières. Tantôt invention tantôt lieu de la réalisation, elle se joue des définitions. Laborieuse, Fabrique génère du collectif, partage les savoir-faire, rapproche le spectateur de l’œuvre et conforte l’artiste dans un artisanat revendiqué et jouissif.


Factice
Travestissement du réel qu’il infiltre, si tant est que le réel existe. Simili autant qu’artificiel, Factice est une aspiration fière de la matière et des sujets. Habile illusion qui se plaît à tromper l’œil, interroge Platon et inspire l’artiste. L’adjectif aussi bien que le nom embrassent la question du décor et proposent d’envisager un ailleurs plus authentique que son modèle. Le photographique y apporte du doute, la peinture du naturel et l’installation du concret. En librairie, Factice est un ensemble de pièces diverses regroupées et reliées entre elles, réjouissante analogie avec l’exposition.

Équilibre

État éphémère des choses et des sentiments. Potentiellement suivi par la chute, Équilibre reste précaire, ce qui en fait sa force. Sensoriel, psychique ou visuel, il est souvent un but convoité ; sa réussite commune dépend du poids de chacun. Dans son travail, l’artiste le favorise ou le pousse à son point de rupture. Équilibre se déploie dans la multiplication d’une forme peinte, dans la masse d’une pierre et d’un livre, dans la juste composition, dans la conquête de l’infra-mince. Au sein de son antonyme, sa fragilité domine jusqu’à l’effondrement.

Assembler
Assembler est généreux, il construit, compose, coupe et colle. Il réunit plusieurs entités en une et laisse pourtant sa liberté à chacune. Verbe du faire et de la manualité, il aligne sur un même plan millimétré (ou non) objets et modules. Il fait grandir le volume par la balance et le cumul, fortifie l’image en troublant la vision, enchâsse les pièces de bois et de métal, joue de superpositions. Selon toute vraisemblance, tout se solidarise grâce à lui et coopère pour faire œuvre et exposition.

Bois
Brut, de coffrage, exotique, de placage, aggloméré ou massif, ciré ou peint, tripli ou mélaminé, depuis qu’il a quitté son arbre Bois se recompose, se propage, se détourne, se centuple. Contreplaqué et stratifié, il investit les foyers. Monticule d’ais, il devient modèle du peintre qui en explore les facettes et la gamme colorée. En section carrée, il est taillé à la hachette, parfois teinté de noir et assemblé pour fonder un abri, une cabane, un refuge. Tranché, poncé, raboté et agencé il prend des allures domestiques, accueille une plante, habite l’espace. Lié au papier, fidèle du bâtisseur et de l’artiste, Bois traverse le temps et les sociétés. Il est vivant et tactile.

Couleurs
Elles donnent les sentiments du jour. Mates, sourdes, délavées, brillantes, gourmandes, elles sont partout. Porteuses de mémoires et d’un imaginaire commun, elles se font parfois oublier tant elles entourent. Elles ont le pouvoir d’augmenter l’artificiel, de surjouer le naturel, de provoquer les émotions et d’effleurer les sons. Réduites en trois primaires, nombreux sont les mots pour les décrire et les variantes possibles grâce à la lumière et son éclipse. Apparition sur papier-peint, l’incarnat vermeil d’un ciel d’apocalypse répond en ping-pong aux nuits bleues d’une grotte intranquille et aux marrons dépréciés qui tiennent, sur les grandes toiles, une revanche délectable.

Tempérament
Fougueux, colérique, méticuleux, passionné, mélancolique, placide, impétueux, attentif, curieux, précis, prolifique… Tempérament ne saurait se soustraire aux épithètes. Il tourbillonne. À sa rencontre plurielle peuvent se produire des étincelles productives. Malicieux, il est celui qui pousse le doigt dans la glaise pour sillonner un dessin, former une empreinte. Espiègle, il aime les clins d’œil et adopte quelques chutes pour créer à l’ultime instant. Rigoureux, il peaufine images et dessins, s’amuse jusqu’à dissipation des doutes. Tempérament génère de beaux ouvrages. Il sait aussi concilier les esprits. Il ne laisse jamais indifférent.

Domestique
Rassurant, Domestique garde ceci d’étrange qu’il s’adresse à tous dans un panel propre à chacun. Adjectif inclusif, il est universellement reconnaissable. L’artiste le revendique à travers une voix forte et des matériaux usuels. Loin du « Grand Art », du grandiloquent et du faste, les œuvres naissent du quotidien et font signes. Les lignes noires et moutardes renvoient l’image d’une assise confortable, les mains de l’artiste se montrent quelquefois, l’épicéa vitrifié dessine une bibliothèque sans livres. L’art est populaire de belle façon.
Domestique est labile, il dévie pour embrasser des notions plus oppressantes. Il prend alors le masque de la domination du sauvage, revêt l’assagissement de la nature, de la faune, de l’humain. Contraindre par la destruction, pas seulement en science-fiction.


— Émilie Flory
Manosque, décembre 2020

Merci à Florence, David, Jean-Marie et Pierre, Jean-François Wilmotte, Bertrand Belin, Louis-Nicolas Bescherelle, Yo, Valérie et papa
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