Taysir Batniji

Notice pour le Frac Occitanie-Montpellier





GH0809, Maison n°2 (North of Al-Shati refugee camp, 200m from the Beach), 2010
C-print (Duratrans) sur papier translucide brillant.
Avec marges : 3 x (29,7 x 21 cm);porte-affiche plexiglas : 3 x (35 x 27 cm)
Collection Frac Occitanie-Montpellier 
Inv. : 13PH1034  © Taysir Batniji




GH0809, Maison n° 17 (Al-Qirim area, East of Jabalya, Al-Salam Street), 2010C-print (Duratrans) sur papier translucide brillant.
Avec marges : 2 x (29,7 x 21 cm);porte-affiche plexiglas : 2 x (35 x 27 cm)
Collection Frac Occitanie-Montpellier 
Inv. : 13PH1035  © Taysir Batniji



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Taysir Batniji

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Né à Gaza en 1966, Taysir Batniji vit et travaille en France depuis le milieu des années 90. Il étudie les arts plastiques à l’Université nationale An-Najah de Naplouse en Cisjordanie (Palestine) et poursuit ses études en France où il obtient en 1997 son DNSEP à l’École nationale supérieure d’art de Bourges et un post-diplôme en 2003 à l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Marseille, sous la direction de Paul Devautour.
Depuis sa première exposition personnelle en 1995 au centre culturel français de Jérusalem, son travail fait l’objet de nombreuses invitations par des institutions et centres d’art (Institut Valencià d’Art Moder, Musée d'Art et d'Histoire de Genève, MacVal, Beirut Art Center, centre d’art BF15…), des festivals (Rencontres internationales de la Photographie d’Arles, Biennales de Venise, de Montréal et d’Istanbul…), des galeries et fondations (Villa Empain à Bruxelles, Aperture Foundation à New York…) à travers le monde.
Il est le lauréat de plusieurs bourses et résidences dont Immersion de la Fondation Hermès Paris qui lui permet en 2017 de développer et réaliser son projet Home Away from Home aux États-Unis.

Les œuvres GH0809, Maison n°2 (North of Al-Shati refugee camp, 200m from the Beach) et GH0809, Maison n° 17 (Al-Qirim area, East of Jabalya, Al-Salam Street), acquises en 2013 par le Frac Occitanie-Montpellier, font partie de l’ensemble GH0809.
GH0809, pour Gaza Houses 2008-2009, est une série composée de 20 tirages photographiques dissociables, chacun monté sur un porte-affiche en plexiglas et qui rappelle, dans sa forme, l’esthétique des annonces immobilières.

Ces images dévoilent des bâtiments et des unités d’habitation sévèrement détruits. Elles ont été prises à Gaza à la suite de l’offensive militaire israélienne Plomb durci. Pendant 3 semaines, entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, l’État hébreu a attaqué et bombardé la zone, faisant des dégâts considérables : près de 1400 morts côté palestinien dont 65% de civils et 5 450 blessés. Cette opération fut la plus meurtrière menée contre ce territoire côtier de Palestine.
Le blocus terrien, aérien et maritime de la bande de Gaza, imposé depuis juin 2006 par Israël, empêche Taysir Batniji de se rendre dans son pays natal. Ainsi contraint, l’artiste demande au journaliste Sami al-Ajrami de réaliser, pour lui, les prises de vues des décombres. Il lui donne un protocole et des directives précises à suivre : photographier les maisons de manière neutre, frontale et distanciée. Parmi les nombreuses images réalisées, le plasticien en choisi vingt, en-dessous desquelles il ajoute le descriptif détaillé du bâtiment avant sa destruction.
On peut lire sous GH0809, Maison n°2 (North of Al-Shati refugee camp, 200m from the Beach) : « North of Al-Shati refugee camp, 200m from the beach Area:250m2. Ground floor:diwan (family gathering room). 1st Floor: room, sitting room, kitchen, bathroom/wc, 3 balconies with sea views. 2m wide private garden with palm trees. Parking: 3 x 12 m.Inhabitants: 3 families (12 people) ».
Et en-dessous de GH0809, Maison n° 17 (Al-Qirim area, East of Jabalya, Al-Salam Street) : « Area: 1000m2. Building on stills (mezallah), open ground floor. 3 floors composed each of 2 apartments of 180 m2. In each apartment: 3 rooms (with balcony), living room, kitchen, bathroom/wc. Building with elevator. Tree-lined alley 6m wide surrounding the building. Beautiful. Inhabitants: 27 people »

Taysir Batniji positionne les images dans des formats A4 et entoure le couple texte/image d’un liseré orange. Il reprend ainsi les codes visuels et commerciaux des agences immobilières, celles-là mêmes qui offrent la possibilité à tous d’accéder à un foyer.
Avec GH0809, l’artiste place délibérément le spectateur dans une position inconfortable. Le trouble vient du changement de ressenti qui prévaut entre la vision globale de l’œuvre au mur, rassurante, qui appelle et séduit de loin car sa référence est immédiate et reconnaissable par tous. Et, l’irrévocable violence à la découverte et la lecture de ces annonces. En anglais, langue universelle, le texte fait apparaître en creux le nombre d’habitants, de familles qui peuvent vivre dans ces maisons, les aménagements et les déambulations d’une pièce à l’autre, d’un étage à l’autre. Un ça a été qui renvoie sans appel au paradoxe de l’image qui nous est montrée, à ces foyers en ruine que l’on ne voit jamais sous cet angle dans les médias, à ce qu’il reste des guerres.



L’artiste, qui a reçu une formation académique, construit son œuvre à travers plusieurs mediums. D’abord peintre, il favorise pendant plusieurs années le dessin, la vidéo et la photographie, essentiellement pour des raisons de facilité, puisqu’il vit entre deux pays et n’a plus d’atelier. Aujourd’hui, son travail se manifeste également à travers la performance, les installations et la sculpture, il choisit la forme la plus adaptée à son propos, sans privilégier une pratique à une autre.
La perte, le déracinement, l’appartenance, la famille et le foyer, présents dans GH0809, sont des éléments constituants du travail de l’artiste. Il traite plus largement, dans ses œuvres, des questions liées aux migrations, aux identités et à la notion de voyage et de déplacement volontaire ou non. Les vidéos Départ (2003) et Transit (2004) en sont le reflet pénétrant ainsi que ses dessins ou les installations sculpturales Le socle du monde (2011) et L’homme ne vit pas seulement de pain #2 (2012-2013).

En 2005, il écrit : Je m'intéresse tout particulièrement à la situation d'entre-deux : entre-deux identitaire, entre-deux culturel... Cet entre-deux géographique, la patrie, la famille et cette pratique pluridisciplinaire se rejoignent dans le projet Home Away from Home constitué de 7 vidéos et de près de 60 photographies que l’artiste a réalisé aux États-Unis en 2017. Il y retrouve des cousins, plus âgés que lui, qui ont émigré en Floride et en Californie entre les années 60 et 80 et les interrogent sur leur appartenance et sur le ressenti paradoxal dans ce pays qui est leur terre d’accueil et qui est en même temps celui qui vend des armes à Israël pour pilonner leur pays d’origine.

En traitant de notions qui lui sont proches, d’inspiration biographique, l’artiste pointe l’unanimité des violences et des déchirements liés aux hommes qui vivent sur des terres en conflits. Comment vit-on quand on doit partir de chez soi ? Que ressent-on lorsque l’on se sent apatride ? Éminemment politique, son œuvre ne doit cependant pas se lire uniquement par le prisme du conflit israélo-palestinien. Ce que l’artiste convoque en détournant les symboles et en rapprochant les sphères privées et universelles, ce sont des messages forts, qui révèlent habilement les réalités et le fait que parfois les choses ne se résolvent pas mais que, toujours, les humanités prévalent.

— Émilie Flory
Bordeaux, mars 2019
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