Hello Happiness!


Marie Losier


Exposition
20 septembre > 20 décembre 2018  — Centre d’art le BBB, Toulouse

Fracas et frêles bruits, Le Printemps de septembre 2018. Direction artistique : Christian Bernard
Commissariat et suivi de production de l’exposition : Émilie Flory 
Régie : Mathieu Marmiesse, Robin Pancot
Assistant de l’artiste : Simon Fravega



Marie Losier laisse dans son sillage des sourires et des envies de sautiller, des pulsions enfantines qui explosent et mettent en joie. Au titre gimmick Hello Happiness! que l’on retrouve régulièrement dans la vie et l’œuvre de l’artiste et réalisatrice, pourrait être accolé le vers de Jim Morrison A Feast of Friends. En effet, Marie construit son travail artistique avec spontanéité, à travers les portraits de ses amis de toujours et de tous les jours. Ce sont, elle le consent, autant des portraits d’elle-même que de ceux qu’elle filme et dessine. Il s’agit en réalité d’une famille choisie, composée de personnes qui se reconnaissent. Ils sont tous « pretty cuckoo »1 comme l’artiste aime le dire. Philosophes illuminés et clairvoyants, libres penseurs, créateurs et doux dingues heureux qui jouissent et vivent l’art. Figures ou anonymes, ils façonnent la contre-culture et passent leur vie à la réinventer, surtout loin des normes et des règles.
Personnages peu conventionnels, ils acceptent tous de donner à la réalisatrice une partie d’eux-mêmes, représentations semi-fictionnelles d’icônes underground parmi lesquelles le réalisateur, performeur et musicien Tony Conrad, le metteur en scène Richard Foreman, l’artiste et musicienne Genesis P-Orridge et sa femme Lady Jaye, le compositeur Felix Kubin ou le pionnier du punk Alan Vega.

Une joie généreuse et envahissante déferle du travail de Marie Losier et nous gagne. Sauter sur le lit en nuisette rose et costume de citrouille, manger une fleur écarlate en arborant avec fierté un bonnet de bain (lui aussi à fleurs !), jeter une perruque peroxydée à la figure de ses soeurs, préparer d’improbables et indigestes pickles, démarrer une bataille de maquereaux sur le pont d’un ferry ou encore faire du stop à New York pour aller à New York : ses personnages s’amusent, ils brisent et dépassent les frontières et les clivages. Marginaux, gays, transsexuels, musiciens, chanteurs et performeurs, ils sont les frères et soeurs de David Bowie et de Marianne Faithfull, les neveux et nièces de William S. Burroughs, les cousins de Nan Goldin, les voisins des Who, les amoureuses des Bikini Kill.
Les œuvres de Marie Losier sont évidemment nourries par ces amitiés créatrices indéfectibles. On retrouve dans son travail et ses expérimentations une filiation avec Dada et la Pop culture, la « low-fi » chère à George & Mike Kuchar, l’humilité de Jonas Mekas, l’énergie camp de Michel Gondry, la poésie de Guy Maddin et l’excentricité de Cassandro, « le Liberace de la lucha libre » !

Pour l’exposition, l’artiste a fait le choix de détacher ses images de leur origine : prendre des morceaux inédits de ses films et des vues non encore montées de projets à venir pour créer des boîtes d’images, sortes de lanternes magiques ou de kamishibaïs photographiques. Il y a là, d’une part, l’amusement appliqué et l’enthousiasme à retrouver des scènes dans des kilomètres de pellicule classée. Il y a d’autre part, la volonté de les faire renaître dans un nouveau conte. Marie Losier est donc allée chercher dans les rushes de plusieurs de ses films comme Cet air-là, L’Oiseau de la nuit, Tony Conrad DreaMinimalist ou Flying Saucey et dans des projets en cours comme Felix Kubin, Atomium Vertigo. Elle choisit ainsi de mettre en lumière des images inconnues et vouées à l’archive, pour recréer un ensemble de 15 nouvelles histoires. Telle une archéologue de son propre travail, elle a imaginé les installations de l’exposition comme autant de nouveaux fils tirés.
Moins connus du public, les monotypes de l’artiste sont eux aussi le reflet de ce groupe hétéroclite. Les modèles sont « les amis qui passent boire le café, déguisés !». En noir et blanc sur de grandes feuilles de papier de riz, Marie Losier montre toujours le quotidien et l’excentricité, mais du trait ressort ici une certaine gravité. Contre-point troublant qui apporte une force différente et un nouvel éclairage sur l’ensemble du travail.

Cette exposition est pensée comme une extension de son univers cinématographique et documentaire. S’y regroupent donc personnages et amis fidèles, reflets d’une force de vie et de création incroyable, atypique, précise et réjouissante. L’espace d’exposition devient décor géant dans lequel des saynètes dialoguent avec un orchestre de hiboux grands-ducs, un dessin mural se confronte aux projections, tandis que la musique — omniprésente chez l’artiste — auréole l’atmosphère. Entre la magie d’une fête foraine, l’imaginaire d’une cabane d’enfance et la féérie d’un cinématographe désuet et coloré, l’onirisme du travail de l’artiste investit le centre d’art. Hello Happiness!

— Émilie Flory
Aix-en-Provence, juillet 2018


1.    L’expression « pretty cuckoo » peut se traduire en français par : « plutôt barrés » ou « toc-toc ».

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  Vues de l’exposition ci-dessus : © Yohann Gozard pour le BBB centre d’art


  Vue de l’exposition :  © Damien Aspe pour Le Printemps de septembre
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