Radu Comșa

Notices pour le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine



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  Après le disco, 2017
Rideau de fils, peintures acryliques pour textile 3 rideaux de 245 x 90 cm chaque, soit 245 x 270 cm. Pièce unique
Inv. : 201918 © Radu Comșa
Photos : vue de l’exposition, galerie Emmanuel Hervé, crédit : YAP Studio




 Body-Paintings [free-standing cylinder and Larousse], 2017
  Mousse de polyuréthane de moyenne densité (30 kg/m3), patchwork (sweat-shirt à capuche en coton), “Dictionnaire de l'art contemporain” (Larousse, 1965) 120 x Ø 30 cm. Pièce unique 
Inv. : 201919 © Radu Comșa
Photo : Frédérique Avril


Artiste roumain né à Sibiu en 1975, Radu Comșa étudie à Cluj-Napoca où il s’engage dans la vie artistique et culturelle de la ville. Il est un des fondateurs en 2009 de Fabrica de Pensule, lieu alternatif né grâce à un groupe d’artistes et de professionnels de la culture animés par la certitude que la création contemporaine a un impact sur la communauté. Dans ce vaste espace se regroupent une trentaine d’entités (ateliers, galeries, organisations culturelles...) actives dans les arts visuels, la danse contemporaine et le théâtre. Radu Comșa y aura son atelier pendant plusieurs années.
Née sous la dictature de Ceaușescu, cette génération, qui a délibérément choisi de ne pas partir pour la capitale ni de s’expatrier, travaille sur une nouvelle idée du collectif post-communiste. Les jeunes peintres forment ce que l’on appellera « L’École de Cluj », autour des figures d’Adrian Ghenie ou de Florin Stefan. La dynamique et l’émulation font de la ville un lieu incontournable de l’art contemporain des années 2000.
Les premières œuvres de Radu Comșa témoignent de son lien à l’autre et au collectif. Il s’attache à représenter le style des artistes qui lui sont chers, des maîtres comme Gerhard Richter, Josef Albers ou Charles Biederman, mais aussi ses partenaires de la Fabrica. Il regarde également le passé de son pays et fait partie de ceux qui réhabilitent la peinture, longtemps rejetée car associée au pouvoir totalitaire en place. Les sujets de ses toiles font référence à son enfance, aux usines, paysages et travaux des champs, à la politique aussi lorsqu’il peint sur des coupures de journaux communistes ou qu’il évoque les rassemblements et les discours du « génie des Carpates ».

En 2010, Radu Comșa abandonne le figuratif, il oriente sa pratique vers une peinture plus conceptuelle et développe une picturalité abstraite. Inspiré par l’histoire du medium, les traités d’esthétique, les artistes et les grands théoriciens de la couleur, il emploie les mathématiques, l’arithmétique pour construire sa réflexion et mettre en place ses protocoles créatifs.
Il pense l’œuvre d’art comme une « transcription » de connaissances, de repères et d’extractions. Puriste et concis, il vise une réduction de la gamme colorée, manie des techniques diverses telles que le batik et la sérigraphie, des méthodes d’imprimerie comme la chromophotographie. Radu Comșa observe la couleur, la forme et la perspective, s’amuse des décalages chromatiques. Il déploie l’idée d’une « peinture élargie » et va jusqu'à une dimension performative de son corps (et celui du regardeur) vis-à-vis de l'objet en déclinant la peinture en installation, sur des meubles, en passant d’un matériau à un autre, d’un concept à l’autre et en imposant différentes formes à la toile.

Dans les séries dont sont issues les deux œuvres de la collection du Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine, l’artiste exploite les préceptes développés par l’humaniste Leone Battista Alberti dans De pictura (1435) et, plus tard, par Leonardo da Vinci et Isaac Newton sur les couleurs primaires et secondaires. Radu Comșa y emploie donc le rouge orangé, le vert, le pers (bleu) et le cendré, les quatre couleurs décrites comme majeures par Alberti, auxquelles il ajoute la primaire jaune.
Il ancre son travail dans la notion de « peinture globale ». De cette palette réduite naît la possibilité d’embrasser la totalité des choses et le medium en tant que tel. Dans ses œuvres, le contenu, la forme et la surface sont d’égale importance. L'idée qui sous-tend l'œuvre et l'objet final sont absolument indissociables.

Après le disco (2017) est une peinture réalisée sur 3 pans de rideaux à fils en polyester, installés les uns à côté des autres sur la même tringle, devant un mur blanc ou accrochée à une distance raisonnable de deux murs opposés « de sorte qu’elle puisse être vue des deux côtés ».


Après le disco a été créée pour l’exposition éponyme à la galerie Emmanuel Hervé à Paris en 2017. Pour ce solo show, Radu Comșa a travaillé à partir de dessins préparatoires, il élabore d’infimes variations dans ses compositions. Installations, tableaux, tapis, volumes et vidéo usent le même vocable, avec la palette et les motifs constituants et reconnaissables de cette série. Dans l’œuvre du Frac-Artothèque, les aplats colorés figurent des formes géométriques qui s’équilibrent autour de deux éléments centraux : un cercle jaune et le rectangle vertical rouge qui lui est accolé. Rectangles et quart de cercle bleus et verts entourent ces personnages tandis que le gris enveloppe l’ensemble.
Dans la veine de Supports/Surfaces et son idée d’élargir la peinture, Radu Comșa choisit parfois un objet manufacturé comme support ou partie d’une œuvre à peindre (ici les rideaux de fils). C’est la stabilité du matériau et la forme qui l’intéressent plus que la matière même. Pour Après le disco l’artiste a préféré, par exemple, peindre à la main chaque fil en gris plutôt que de choisir des rideaux déjà colorés. Avec cette œuvre, l’artiste joue également de la lumière et de la perspective. Quand le rideau est installé entre deux murs, l’œil passe au travers, le jeu des tonalités et des formes répond alors à celles des autres œuvres présentes sur les murs. Quand elle est accrochée devant un mur blanc, les formes colorées conservent leur densité et l’œuvre peut « être lue de loin ».

L’intérêt que porte l’artiste au volume et à l’espace se retrouve dans Body-Paintings [free-standing cylinder and Larousse (2017). Unique, cette œuvre fait partie d’un ensemble de même acabit. Elle est constituée de deux parties : un livre (Dictionnaire de l’art contemporain, Larousse de 1965) et « le corps ». Le cylindre, de la hauteur d’un long buste, est recouvert d'un sweat-shirt à capuche intégral réalisé à partir de plusieurs pièces de coton cousues ensemble. On identifie les 5 teintes de la palette d’Après le discoainsi que les figures entières ou partitionnées : rectangles rouge et bleu dessinés par les manches, cercle jaune sur le poitrail et bleu au sommet, triangle bleu formé par le positionnement de la capuche. À l’emplacement de la tête, l’artiste a disposé le dictionnaire, symbole de connaissances, qui replace l’œuvre dans l’histoire de la peinture abstraite. Avec ce livre, il oriente la lecture de sa pièce vers l’histoire de l’art, tout en tenant le spectateur à distance puisque l’ouvrage reste clos. Dans toutes ses œuvres, Radu Comșa accorde une grande place à la précision et aux détails. Ainsi, la reproduction sur la couverture du livre (détail d’une peinture d’Auguste Herbin de 1959), renvoie une nouvelle fois à l’influence de ses références, à la puissance des figures géométriques et de la couleur dans son travail.
Dans cette œuvre, Radu Comșa évoque la peinture dans sa définition même : organiser une surface par la couleur. Ici, ce sont les morceaux de textiles choisit pour leurs teintes et assemblés qui forment le vêtement, la peinture, l’œuvre. Il assoit sa pensée intellectuelle de l’art et de la peinture, il s’agit pour lui de penser comme un peintre dans une vision d’ensemble et au quotidien, pas uniquement à l’atelier.

Émilie Flory
Juillet 2021
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