Clément Dupont


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   Clément Dupont, Sans titre, 2026
© l’artiste



   Clément Dupont, Saké, 2025
© l’artiste



   Clément Dupont, Sans titre, 2026
© l’artiste



    Clément Dupont, 3333, 2026
© l’artiste



Ce texte accompagne l’exposition personnelle de l’artiste <about:blank> du 11 au 25 avril 2026 à Mspace galerie à Paris.

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Clément Dupont
Pour regarder le travail de Clément Dupont depuis presque dix ans, je vois qu’il glisse élégamment depuis son inclinaison pour la peinture — porteuse du poids de son Histoire — vers ce mélange peu conventionnel du vocable du design graphique. Une fusion en va-et-vient subtils, qui lui permet aussi l’intégration dans son œuvre de l’atelier et de ses atours, comme de la typographie et son usage communiquant. <blank>

Je distingue dans les nouvelles peintures sa loyale balance entre les motifs réconfortants de son medium, l’arrivée tardive de l’autoportrait — avec ce que ce sujet trimbale de complexité — et les scènes de genre, comme la récente série des chiens. Je vois aussi comment les tensions l’animent. Clément Dupont s’autorise un apprentissage constant, notamment lors de son séjour au Japon qui réveilla le dessin et la matière avec la tradition ancestrale de la gravure sur bois. L’artiste questionne la multiplicité entre art et savoir-faire, rigueur et amour de la technique, volonté du bien faire et interaction numérique, bug. Il revendique toutes ces appétences dans la contemporanéité de son âge et de son siècle. <blank>

Calme, patience, lenteur, attention, je déroule ainsi l’attitude presque hypnotique dans sa manière de travailler, de savourer les strates, picturale et de couleur. Je remets ici « le fond » au centre du village ou comment l’artiste — dans une continuité historique de son medium — passe de nombreuses heures avant de finaliser ses fonds. Pudiquement, la couleur dominante vient neutraliser les autres. L’indéfinissable et monotone beige des dernières toiles porte pourtant en lui des nuances de vert, rose, jaune, orangé et doré (quelle famille !). Et ce n’est que par l’usage du glacis et d’une contemplative attention que l’œil aperçoit, puis admet, la pluralité des teintes, le kick des couleurs parfois mordantes des sous-couches, ce mille-feuille dans le travail de l’artiste.

Clément Dupont intègre les images dans sa peinture autant que dans sa pratique du graphisme. Il les accumule, les heurte, les laisse se contredire. Il y a dans son approche une fébrilité dans le fait d’ajouter des images aux images. L’artiste se dégage pour autant du poids documentaire, assume la nécessité d’un modèle. Il n’oublie cependant pas de « mettre les images en circulation, à les faire transiter, à les travestir, les déformer, (...) et jouer en toute science et plaisir, dans, avec, contre les pouvoirs de l'image. »1 La photographie prétexte, celle qui n’a rien à dire et raconte néanmoins des histoires.
J’ai peu de doutes, derrière ces collisions visuelles, que l’artiste se soit aventuré quelque fois en Photopolkie — ce « pays popmoderne » comme le définit Xavier Domino2. Clément Dupont y puise une matière vivante, y ajoute celle de l’atelier et des hasards. Il superpose, colle, assume les citations visuelles telles les marques d’écriture d’un Cy Twombly ou la reprise des points Benday— hommage identifiable à la chère trame de Roy Lichtenstein, magnifiée par Sigmar Polke, indissociable de Robert Rauschenberg. <blank>

Depuis peu — et c’est une réjouissance — Clément Dupont s’autorise à montrer ses gestes. Jusqu’alors il était attaché, en effet, à l’invisibilité de sa touche. La peinture à l’huile dans ce qu’elle embrasse de photographique et, j’ose ajouter, de digital. Dans ses dernières toiles, l’artiste ricoche. Essuyer son pinceau devient acte d’art et plus uniquement geste d’atelier. Dès lors, il le fait sur la toile qui sera support de la peinture suivante. Se mettent alors à l’œuvre une continuité et une dissonance dans la perception des palettes. Et cet amas, collection de matières brutes colorées, se pose au premier plan et structure. La palette devient sujet au même titre que les autres motifs. L’artiste parle de pangramme3, en ce que l’œuvre réunit l’ensemble de ce qui constitue la peinture. La palette donc avec ses couleurs pures et ses mélanges imprévus, mais aussi les outils qui froissent, agrafent, tracent ou estompent, les supports qui absorbent ou résistent, les traces accidentelles — éclaboussures, frottis, marques de doigts — jusqu’aux adhésifs qui masquent, délimitent, comblent. Tout est désormais partie prenante de l’œuvre. Admis aussi ce geste — encore trop vert pour savoir aujourd’hui s’il est annonciateur d’une suite — quand l’artiste retourne la toile, peint sur le verso puis l’enchâsse à nouveau. Les deux versants seront exposés. Il y a beaucoup dans le travail de Clément Dupont et en parallèle, étonnamment, les toiles accueillent de plus en plus l’espace, le vide. <blank>

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Le vide comme potentialité. Depuis longtemps il est su dans l’art que le vide n’est pas absence, mais invitation ; lieu où tout peut advenir. Il me plaît, de retourner ici au Japon avec Clément Dupont et d’invoquer la culture du ma (間). Principe qui structure la perception du monde en équilibrant présence et absence, plein et vide, son et silence. Ce terme nomme l’intervalle, l’espace ou le vide entre deux éléments autant que la distance existant naturellement entre des objets ou encore le temps de pause entre deux ou plusieurs phénomènes4.
Je regarde alors les toiles de Clément Dupont, et à l’égal du pangramme, je pense à l’iroha-uta, ce poème qui utilise chaque syllabaire japonais : le blanc du fond n’est jamais vraiment silencieux, il reste chargé de tout ce qui a été et de tout ce qui va advenir. Peut-être est-ce pour cela que certaines toiles, comme certains poèmes, nous retiennent si longtemps. Ils ne se contentent pas de montrer, ils résument. Ils sont à la fois outil, geste et ce qui reste — une syllabe, un trait, un mot, une touche de couleur, une absence, un souffle continu entre le vide et le plein. <blank>

Je regarde les œuvres de Clément Dupont.
Je me tais.

Quatre minutes trente-trois.5

— Émilie Flory
Manosque, avril 2026


1. Michel Foucault, La Peinture photogénique, 1975. Texte écrit pour le catalogue d'exposition de Gérard Fromanger Le désir est partout publié par la galerie parisienne Jeanne Bucher.
2. Xavier Domino, Le photographique chez Polke, Éditions Le point du jour, 2007.
3. Un pangramme est une phrase courte contenant toutes les lettres de l’alphabet.
4. Se référer à la définition du Ma dans le dictionnaire de la langue classique japonaise, cité in Isozaki Arata, La notion d’espace-temps au Japon, Musée des Arts décoratifs, 1978.
5. Sourire et clin d’œil amusé à l’œuvre musicale de John Cage, 4’33’’ composée en 1952.
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