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Delphine Balley

Notice pour le Frac Occitanie-Montpellier




  Le Lit d’Ursula, 2007
de la série 11 Henrietta Street. Tirage 3/10
105x126x4 cm
Collection Frac Occitanie-Montpellier 
Inv. : 09PH0923 (1)  © Delphine Balley



  Victoria jouant, 2007
de la série 11 Henrietta Street. Tirage 8/10
105x126x4 cm
Collection Frac Occitanie-Montpellier
Inv. : 09PH0923 (3)  © Delphine Balley



  La veillée funèbre, 2007
de la série L’Album de famille (Épisode de l’assissinat).
Photographie couleur sur papier. Tirage 2/10
133x156x8 cm
Collection Frac Occitanie-Montpellier
Inv. : 09PH0922 (1)  © Delphine Balley



Site de l’artiste
Delphine Balley

Voir aussi
Le Pays d’en Haut
Qu’est-ce qui nous rassemble ?
Delphine Balley est née en 1974 à Romans-sur-Isère, elle vit et travaille dans la Drôme. Diplômée de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, ses œuvres ont été présentées lors de nombreuses expositions personnelles et collectives en centres d’art, en galerie et lors de biennales, en France ainsi qu’à Rome, Berlin et Séoul. Son travail est présent dans des collections publiques et privées en France et à l’étranger et a fait l’objet de commandes comme celle menée pendant quatre ans avec Les Nouveaux Commanditaires à Orthez. Elle enseigne l’image dans différentes écoles et formations professionnelles. En 2019 elle obtient le prix Camera Clara, et en 2021, le MAC Lyon lui consacre une grande exposition monographique.

Les images de Delphine Balley, souvent pensées en série, théâtralisent des saynètes de vie, des moments en famille. L’artiste puise dans les fondements ancestraux des sociétés, des croyances et pratiques collectives, s’inspire de faits divers, rejoue des scènes d’avant ou d’après crime, construit avec minutie des univers intimes, inquiétants, étranges, amusants parfois, avec une touche de dérision.
Composées comme des tableaux ou des storyboard approfondis, ses œuvres s’inspirent d’histoires vraies ou rapportent des histoires fictionnelles souvent tragiques, contes, chroniques pénales, croyances régionales et légendes locales. À partir de 2013, l’artiste réalise des films, suite logique de son travail photographique. Ses influences sont multiples, de Jean Giono aux polars de James Ellroy, du cinéma de Luchino Visconti, Ingmar Bergman et Andreï Tarkovski aux peintures de Francisco Goya, Diego Velázquez, René Magritte, Giorgio De Chirico en passant par les sciences sociales, l’ethnologie et l’anthropologie rurale avec les écrits d’Yvonne Verdier et Marie-José Mondzain.
Tout est question d’équilibre dans l’œuvre de Delphine Balley, entre la tension sous-jacente du drame qui se joue (visible dans la globalité de l’image) et l’échappatoire du regardeur donnée par les détails. L’art de la minutie et de la composition se retrouve dans ses images fixes et animées, aussi bien dans l’emploi des lumières et ambiances que dans le choix précis des acteurs, costumes, décors et cadrages. Dans ses compositions, l’artiste élabore un monde clos où objets, tapisseries à motifs, meubles, tapis remplissent l’image. Les matières, attributs, accessoires sont utilisés comme des indices dans un foisonnement qui ne laisse que peu de place à la perspective. L’artiste manie récits et symboles, se réfère aux rites, à la culture populaire, crée parfois des allégories qui lui sont propres. Le temps est un élément essentiel dans son processus de travail. Fascinée par la photographie du XIXe siècle, elle photographie à la chambre ou au moyen format qui induisent une lenteur et une latence. Elle prépare ses prises de vue pendant plusieurs heures, ce qui a une incidence et une influence sur l’attitude et les postures de ses personnages. Enfin, elle finalise ses images par un encadrement épais et mouluré, ébène ou doré, qui accentue la picturalité de l’œuvre.

La Réunion de famille et La Veillée funèbre sont deux photographies de la série L’Album de famille (chapitre 1 Épisode de l’assassinat) que l’artiste réalise en 2007. Entre 2005 et 2013, Delphine Balley se met en scène avec les membres de sa famille et constitue cette grande série L’Album de famille en deux chapitres, significative dans ses recherches artistiques et dont sera issu son premier film Le Pays d’en haut en 2013 (chapitre 3 de L'Album de Famille). À partir d’un fait divers, l’artiste compose une fable énigmatique et dramatique, une saga familiale fictionnelle. Les images reprennent des éléments fondateurs qui rythment la vie d’une famille (baptême, mariage, veillée mortuaire, etc.). L’artiste organise les scènes. Des décors lourds accentuent le récit et les non-dits, les tragédies passées et à venir. Chaque personnage pose dans une attitude soigneusement étudiée. Dans La Réunion de famille et La Veillée funèbre il est question de perte et de rites : le mariage et le deuil sont liés par des protocoles souvent similaires, dans les objets et les échanges.



Dans La Veillée funèbre, le corps d’une Ophélie moderne flotte sur fond noir. Delphine Balley y joue « la fille légitime » assassinée le jour de son mariage. Le trouble vient de la sérénité du visage de la défunte, son voile noué. Le clair-obscur renvoie aux peintures du Caravage.
De nombreux détails sont présents dans La Réunion de famille, comme le chapeau végétal surdimensionné qu’arbore la mère de famille, d’abord pour la cérémonie de mariage puis pour cacher sa tristesse. Il continuera à pousser dans les autres images de la série, au point d’envahir de lierre la salle à manger, autour du cache-mari, annonçant la déchéance de la famille. Les sept membres réunis au salon autour de la pièce montée portent un voile de deuil ou un masque funéraire, à l’instar de Myriam, vêtue en cavalière dans toute la série, dont le masque d’or recouvre la moitié du visage, symbole manifeste d’un autre malheur. Le mystère et la poétique des photographies dans leur ensemble tissent l’aventure fantastique de cette famille. Individuellement, chacune est construite pour qu’une narration existe et apporte suffisamment de détails à l’ensemble.

11 Henrietta Street est une série de 15 photographies pour laquelle Delphine Balley s’est inspirée du traitement des faits divers dans la presse à sensation, principalement en Angleterre. Dans la société victorienne du XIXe siècle, sur fond de Charles Dickens, l’artiste invente le chapo d’un des plus fameux tabloïds de l’époque, le News of the World du dimanche 14 mars 1872 : « Margaret Platt, 79 ans, coupa la natte de 78 pieds de long de sa fille Ursula, 43 ans, par une belle après-midi d'été ».
Ursula, Le lit d’Ursula, Victoria jouant et Le Sofa dépeignent donc l’histoire, imaginée par l’artiste, de cette mère possessive et castratrice qui décida un jour de couper la natte de plus de 23 mètres de long d’une de ses trois filles. Ursula, l'aînée de la fratrie, vivait cloîtrée, surveillée et dominée par une mère toute puissante. L’artiste reprend ici l’esthétique des portraits de famille bourgeois de cette époque austère et puritaine issue de la première révolution industrielle. Les images content les différentes étapes, telles que le public aurait pu les découvrir dans le journal. Les détails dans chaque image sont autant d’indices qui permettent de recréer l’intrigue et d’imaginer ce qui n’y figure pas, renforcés par l’usage de la lumière naturelle (à l’inverse de L’Album de famille où l’éclairage artificiel domine). On retrouve le goût de l’époque pour les intérieurs chargés et les animaux exotiques naturalisés, trophées des colonies. Les costumes, broderies et robes de voile qui laissent deviner la nudité sont autant d’allusion à la perte à venir d’Ursula, la mantille noire, le visage caché de sa sœur Victoria par un mur de cheveux et ses jeux d’enfants décalés, tous éléments qui évoquent la violence latente et la pesanteur, entre réalisme et fantastique. Comme dans les portraits photographiques du XIXe, Delphine Balley œuvre à ne pas créer d’échelle de valeur entre les personnages, les objets, le mobilier et les animaux. Tout est net et précis, tout fait partie du portrait de famille.

Émilie Flory
Août 2021
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